‹ Cours familier de Littérature - Volume 04Chapitre 98 sur 194 · XV

XV

Ici le rôle du poëte change tout à coup: il devient homme d'État. Ajoutons, à la gloire de son caractère et de son génie, qu'il fut, d'après le témoignage universel, le seul homme d'État de ce coup de feu. Fut-il également inspiré le lendemain? C'est ce que nous allons voir.

Béranger avait renversé un trône; mais à peine ce trône était-il en poudre qu'il en reconstruit et en élève un autre. Ce trône d'expédient ne fut ni celui de Napoléon, son héros, ni celui de l'héritier naturel de la couronne, la victime des trois jours; ce fut le trône du duc d'Orléans. Ainsi, la république? il l'écarta après l'avoir appelée; l'empire? il le répudia après l'avoir provoqué; l'héritier naturel? l'orphelin? il le déshérita sans avoir aucun crime à reprocher à un berceau; la monarchie? il la rappela en toute hâte après l'avoir décréditée: trois inconséquences étranges dont nous lui avons souvent demandé compte dans nos conversations seul à seul aux pieds des chênes du bois de Boulogne.

Ici nous le laisserons parler lui-même avec autant de fidélité que notre mémoire, aidée de quelques notes prises au crayon sur le fait, peut donner d'exactitude et de littéralité à ses paroles.