‹ Cours familier de Littérature - Volume 05Chapitre 11 sur 138 · III

III

Achille, saisi d'une douleur poignante, veut tirer son glaive. Minerve le retient par ses cheveux blonds, mais il laisse déborder au moins sa rage en paroles: «Misérable ivrogne! toi qui as tout à la fois les yeux insolents d'un chien et le coeur d'une biche, je jure, par ce sceptre, par ce sceptre qui ne poussera désormais ni rameau ni feuillage, par ce sceptre qui ne reverdira plus, depuis que, coupé du tronc qui le porta sur les montagnes, il a été dépouillé par le fer de ses feuilles et de son écorce;--je jure que tu te rongeras le coeur pour avoir outragé en moi le plus intrépide des Grecs!»

Nestor alors, vieillard à la parole persuasive, orateur éloquent de Pylos, Nestor qui avait régné déjà sur trois générations d'hommes, s'efforce, en les flattant tous deux, de concilier le différend. Son éloquence y échoue. Les injures et les défis redoublent. Achille se retire sous ses tentes. Agamemnon ordonne à ses deux écuyers ou hérauts, Eurybate et Taltibius, d'aller enlever Briséis à Achille. Achille la cède, en prenant les dieux et les hommes à témoin; puis il s'assied pour pleurer loin de ses compagnons, sur la plage de la mer blanchissante, et regarde les flots azurés.

Thétis, divinité de la mer, dont il est le fils, lui apparaît et lui demande la cause de ses larmes. Elle pleure elle-même à son récit; elle lui présage une funeste et courte destinée; elle lui promet néanmoins d'aller sur l'Olympe implorer pour lui le souverain des dieux, Jupiter.