‹ Cours familier de Littérature - Volume 05Chapitre 12 sur 138 · IV

IV

Le poëte profite de cette suspension du drame pour peindre, en vers techniques qui ont toute la poésie de la mer et du navire, les manoeuvres d'une barque qui jette l'ancre dans une rade.

«Aussitôt que les compagnons d'Ulysse ont franchi l'entrée de la rade de _Chrysa_, ils carguent et plient les voiles, ils les roulent sous le pont du navire, ils relâchent les câbles pour abattre le mât, et avec les seules rames ils approchent de la plage. Alors ils jettent l'ancre, attachent avec des cordages la poupe à la rive, et se disséminent sur les bords de la mer, etc.»

Le prêtre de Chrysa, à qui Ulysse vient de ramener sa fille Chryséis, invoque Apollon pour Agamemnon. On immole des victimes, on prépare un banquet. Homère, en véritable poëte, ne se contente pas de raconter; il décrit tous ces apprêts et présente à l'imagination tous ces détails pittoresques du sacrifice, du feu, du repas, détails qui sont la vie des tableaux; puis, quand les matelots se rembarquent avec Ulysse, il peint cette autre scène de mer des mêmes couleurs que la scène du débarquement.

«Quand le soleil a terminé sa course et que les ombres commencent à se répandre sur la terre, les Grecs vont se délasser de leur journée dans leur navire. Le lendemain, dès que l'Aurore aux doigts roses, fille du Matin, a lui dans le firmament, un vent propice et durable souffle sur la mer; ils redressent le mât, ils déploient les voiles blanchissantes qu'enfle l'haleine des vents; la vague bleuâtre résonne sur les flancs du navire qui fend en voguant la plaine liquide.»