‹ Cours familier de Littérature - Volume 05Chapitre 13 sur 138 · V

V

Ici le poëte, qui voit, avec autant de raison que de poésie, toutes les actions des hommes gouvernées invisiblement par les puissances supérieures nommées divinités, transporte, sans transition, la scène et la pensée de la terre au ciel. Thétis, agenouillée devant Jupiter, implore le roi des dieux pour son fils Achille. Jupiter, qui craint de mécontenter son épouse, la fière Junon, protectrice des Troyens, promet à Thétis d'écouter ses prières, pourvu que Junon ignore son intercession. Il se contente de lui faire un signe de tête muet, serment des dieux. «Il fronce ses noirs sourcils; sa chevelure divine ondoie sur sa tête immortelle, et tout le vaste Olympe en est secoué.»

Mais Junon s'aperçoit que son époux a promis quelque chose à _Thétis aux pieds d'argent_, personnification de la mer aux plaines blanchies d'écume. Jupiter, qui évite l'explication par une indignation feinte, gourmande son épouse Junon et la renvoie s'asseoir en silence. Vulcain, fils de Junon, conseille à sa mère la soumission; il lui représente le danger d'irriter le maître des dieux, qui, dans un mouvement d'impatience, le précipita lui-même par le pied du ciel dans l'île de Lemnos. Puis, il verse à tous les dieux réconciliés et souriants le nectar, breuvage des immortels. «Un rire inextinguible dérida tous les dieux et toutes les déesses en voyant le ridicule Vulcain, époux de Vénus, s'empresser, en boitant, autour des tables, dans le palais de l'Olympe. Apollon, le dieu de l'intelligence sous toutes ses formes, et les muses, inspirations incarnées, complètent la fête par les chants et par la musique. Jupiter feint de s'endormir sur sa couche, dans les bras de Junon.»