‹ Cours familier de Littérature - Volume 05Chapitre 135 sur 138 · XIX

XIX

Quant à Mozart lui-même, il n'était pas destiné par la nature à jouer longtemps ainsi avec les malignités du sort. Tout était sérieux en lui, parce que tout était sublime; sa piété, qui était l'héritage de son père et de sa mère, lui faisait élever sans cesse sa pensée vers ce ciel chrétien où il les voyait des yeux de sa foi. Quelques passages de ses lettres à sa soeur, heureuse à Salzbourg dans un mariage d'inclination, révèlent les sérénités pieuses de sa pensée. Cette pensée se traduisait en musique d'Église; il pensait en sons, ces sons remplissaient d'âme les voûtes des cathédrales. Une phrase musicale de Mozart convertit autant de coeurs qu'un sermon, car tout ce qui élève convertit. Dieu est en haut, son génie montait toujours. Semblable au poëte français Gilbert, qui chanta mourant sa propre mort, Mozart se chanta à lui-même l'éternelle paix sur son lit d'agonie dans son _Requiem_. Il expira à trente-cinq ans, en 1791. La terre ne se doutait pas de ce qu'elle perdait: il fallut trente ans à son nom pour mûrir à la gloire que ce nom possède aujourd'hui. Mais Rossini allait naître au moment où Mozart mourait, comme si la Providence avait voulu que la voix et l'écho ne fussent séparés que d'un instant dans l'oreille du siècle. Quand nous disons l'écho, nous ne prétendons pas dégrader le génie original de Rossini au rôle de répercussion du génie de Mozart; Rossini c'est Mozart heureux, Mozart c'est Rossini grave. Ils sont différents mais égaux; Mozart est la mélodie pensive du Tyrol et de l'Allemagne, Rossini c'est la gaieté et l'ivresse de Naples; nous portons nos climats en nous. Rossini était plus fait pour le drame musical, Mozart pour la mélodie lyrique isolée de l'orchestre et de l'acteur. Sa musique se suffisait à elle-même; il chante pour chanter, Rossini pour émouvoir et pour plaire.