‹ Cours familier de Littérature - Volume 05Chapitre 17 sur 138 · IX

IX

La scène du quatrième chant est dans l'Olympe. Jupiter, enivré de nectar par Hébé, défie Junon son épouse en lui vantant le succès de la protection de Vénus en faveur de Pâris et des Troyens. Junon, humiliée, défend encore Ilion, capitale de son culte. Jupiter consent à l'intervention de Minerve pour provoquer les Troyens à rompre les premiers la trêve, afin de les prendre en faute et d'avoir le droit de les abandonner. La descente de Minerve sur la terre est peinte d'un coup de pinceau qui fend le ciel de la nuit. «Tel qu'un astre nouveau que Jupiter, fils de Saturne, fait resplendir tout à coup aux yeux des nautonniers ou d'une nombreuse armée, globe éblouissant d'où jaillissent mille lueurs, ainsi Pallas fond d'en haut sur la terre, balançant son vol entre les Troyens et les Grecs.»

Pallas se transfigure; elle persuade à _Pandarus_, héros auxiliaire des Troyens, de lancer une flèche contre Ménélas. Pandarus, homme de peu de sens, obéit. Écoutez par quelle étrange et pittoresque diversion d'esprit le poëte, descriptif autant qu'épique, reporte l'attention d'un combat à une chasse.

«Soudain, dit-il, Pandarus empoigne son arc poli, fait avec les cornes d'une chèvre sauvage que lui-même avait frappée au poitrail pendant qu'elle s'élançait de la crète d'un rocher. Le guerrier, qui l'épiait caché dans l'ombre, lui traversa le flanc. Elle tomba à la renverse sur le roc; ses cornes, hautes de seize palmes, s'élevaient au-dessus de son front. Un ouvrier consommé les lima avec soin pour les rendre luisantes, les souda et dora leurs pointes. Pandarus, pour tendre avec plus de force cet arc, l'appuie par un bout en inclinant l'autre sur la terre, etc.»

Quelle imagination résisterait à des tableaux si achevés et si ciselés de vérité! tableaux jetés en passant dans une comparaison ou dans un détail technique qui éblouit l'oeil sans le distraire, comme l'écume marque sur la vague qui emporte le vaisseau le sillage du navire sans arrêter le navigateur! Suivez encore:

«Pandarus ajuste la flèche avec la corde, il tire à lui à la fois la corde et le cran de la flèche, il fait toucher le fil de boyau à sa poitrine et le fer aigu de la flèche à la corne de l'arc. À peine a-t-il tendu cet arc immense et recourbé, l'arc résonne, la corde vibre; la flèche acérée siffle et vole ardente à percer le groupe des Grecs.»

Ménélas, à peine atteint à travers son bouclier, voit un filet de sang couler sur ses cuisses. Écoutez par quelle autre comparaison inattendue le poëte détend ici lui-même l'anxiété de l'imagination de ses auditeurs, tout en peignant les moeurs de l'Ionie où il est né:

«Ainsi, quand une femme de Carie ou de Méonie a coloré en pourpre les plaques d'ivoire destinées à parer la tête des coursiers, beaucoup de guerriers désirent les posséder; mais ces ornements précieux, réservés à un roi, seront un jour tout à la fois la parure et l'orgueil de son maître. Ainsi, ô Ménélas! le sang colora tes cuisses, tes jambes, et ruissela jusque sur tes pieds.»

Agamemnon, son frère, s'apitoie en termes d'une héroïque élégie sur le héros blessé; la Bible n'a pas d'accents plus naïfs ou plus miséricordieux. Il n'y a pas une noble tendresse du coeur humain qui n'ait sa note sur le clavier d'Homère; il ne charme pas, il n'émeut pas seulement, il pétrit le coeur humain de vertus naturelles. On ne le lit aux jeunes gens que comme cours de poésie, on devrait le leur lire comme cours de bonté et de morale.