XIV
Nous avons laissé, à la fin du sixième chant, les Troyens réunis aux portes Scées, discourant sur le sort de leur ville pendant qu'Hector et Pâris s'élançaient de nouveau dans la plaine pour combattre les Grecs. Le septième et le huitième chant, bien que chantés avec la même sublimité de vers, n'ajoutent rien à l'intérêt de la situation épique. Ce sont toujours ces défis et ces combats un peu fastidieux pour des lecteurs à trois mille ans de ces événements, mais qui devaient avoir un immense intérêt national pour les différentes peuplades de la Grèce, de l'Ionie et de l'Archipel, constamment citées, décrites, célébrées dans leurs ancêtres par le poëte.
Hector défie en combat singulier le plus audacieux des chefs de la Grèce; Ménélas se présente; Nestor et Agamemnon ne le jugent pas de force à combattre le héros troyen. On tire au sort, dans un casque, parmi un certain nombre de noms fameux, le nom de celui qui aura la gloire de lutter contre Hector. Le nom d'Ajax, ami d'Achille, sort de l'urne. Ajax et Hector combattent entre les deux camps sans que la victoire se décide pour l'un ou pour l'autre. Jupiter les enveloppe d'une nuée ténébreuse pour suspendre divinement le combat. Les deux héros, lassés, mais non blessés, se séparent en se faisant des présents magnifiques. Ils se rendent généreusement justice l'un à l'autre. Cette générosité, que nous appellerions aujourd'hui chevaleresque, atteste que la chevalerie, cette grâce dans l'héroïsme, était inventée bien avant les moeurs arabes et chrétiennes, et qu'elle était sortie du coeur de l'homme, même dans les temps que nous nommons barbares, comme une beauté innée des sentiments humains, beauté qui n'a pas d'autre date que celle du coeur humain lui-même.