‹ Cours familier de Littérature - Volume 05Chapitre 25 sur 138 · XVII

XVII

L'éloquence de passion et l'éloquence de raison remplissent tout le chant suivant. Agamemnon, intimidé des périls du lendemain, envoie une députation, avec Phénix et Ulysse pour organes, aux tentes d'Achille. La description de la tente d'Achille, de l'hospitalité, du festin qu'il offre aux envoyés, est de la poésie pastorale, naïve et fruste comme une Bible chantée aux Grecs. Ulysse parle en diplomate consommé; Phénix, vieillard qui a élevé jadis Achille sur ses genoux, parle en vieillard verbeux et en père tendre.

«Ton père, dit-il à Achille, me reçut tout jeune dans son royaume; il m'aima comme un père aime son fils unique, l'enfant de sa vieillesse, qu'il obtint au sein de sa félicité. C'est moi, divin Achille, qui t'ai fait ce que tu es! Je t'aimais de toute la tendresse de mon coeur; aussi jamais tu ne voulais aller dans les festins avec un autre que moi; jamais tu ne voulus prendre tes repas dans le palais avant que je t'eusse assis sur mes genoux et que j'eusse coupé tes morceaux et porté la coupe à tes lèvres. Combien de fois, couché sur mon sein, n'as-tu pas taché ma tunique en rejetant le vin de ta bouche dans ces jours de ta délicate enfance! J'ai beaucoup souffert pour toi, beaucoup supporté, pensant en moi-même que, si les dieux ne m'avaient pas accordé de famille, je t'adopterais pour mon fils, ô illustre Achille! espérant qu'un jour tu ferais alors tout mon soutien contre les rigueurs de la destinée! Il ne faut pas avoir un coeur impitoyable: les dieux eux-mêmes se laissent fléchir!... Les Prières sont filles du souverain Jupiter; humbles et le front plissé, osant à peine lever un timide regard, elles marchent avec anxiété sur les pas de l'injure... Celui qui respecte en elles les filles de Jupiter, lorsqu'elles s'approchent pour implorer, en reçoit une puissante assistance et voit ses propres voeux exaucés par elles; mais, si quelqu'un les renie et les repousse d'un coeur sans pardon, elles remontent vers le fils de Saturne et le conjurent d'attacher l'injure aux pas de l'homme impitoyable et de les venger elles-mêmes en le frappant!»