‹ Cours familier de Littérature - Volume 05Chapitre 45 sur 138 · I

I

L'âme humaine est un grand mystère.

Celui-là seul qui l'a créée pourra l'expliquer.

Les psychologistes, ces espèces de chimistes de l'esprit, s'évertuent en vain à la décomposer, en la divisant en facultés diverses et distinctes. Ils disent: Ceci vient des sens, ceci vient de l'être immatériel. Ils n'arrivent qu'à s'embrouiller dans leurs définitions, à se contredire dans leurs distinctions, à se perdre dans leur analyse; et, comme les chimistes, leurs émules, quand ils veulent retirer de leur creuset les principes de l'âme humaine et dire: La voilà! ils ne tiennent sous leur plume ou sous leurs doigts qu'une pincée de cendre; la substance s'est évaporée, et ils n'entendent, comme l'alchimiste allemand des vieilles ballades, que le ricanement du mystère invisible et impalpable qui éclate dans les ténèbres, autour de leurs têtes, et qui se moque de leur sacrilége curiosité.

Ne faisons pas comme eux; disons franchement le premier et le dernier mot de l'homme: MYSTÈRE! Nous ne savons rien des principes constitutifs de l'âme humaine. Elle est ce qu'elle est; nous ne la connaissons que par ses phénomènes. Ils sont assez beaux, assez nombreux, assez merveilleux pour que nous nous abîmions pendant les siècles des siècles dans une ineffable contemplation des facultés de l'âme.