‹ Cours familier de Littérature - Volume 05Chapitre 65 sur 138 · XXI

XXI

Tout le monde se taisait sous l'ombre des branches qui faisait une double nuit au-dessus de la roche coupée. «Est-ce bien lui? est-ce bien possible, se disaient tout bas les garçons en retenant leur rire, que ce pauvre Didier, qui n'a jamais dit un mot plus haut que l'autre, chante aujourd'hui comme un ménétrier qui s'en retourne de la fête?--Et qu'il parle aux merles, à la lune, aux étoiles, aux boeufs et aux alouettes?» ajoutaient les filles.

Mais ce _Te Deum_ de l'amour continuait et se renforçait toujours en se rapprochant. Dans les intervalles on entendait le bruit des souliers à clous du toucheur de boeufs sur la rocaille, les coups de la gaule de noisetier sur les buissons, et la forte respiration d'un homme qui gravit une pente.

Bientôt le petit Didier, parvenu au pied de la roche qui lui barrait le sentier, ôta ses souliers, accrocha ses doigts aux interstices du rocher, fixa son orteil sur les petites corniches en saillie découpées par le tailleur de pierre pour faciliter l'ascension aux bergers, et se hissa presque au niveau du dernier échelon de pierre où nous étions cachés pour le surprendre.

À ce moment les garçons et les filles, se levant tous à la fois de leur cachette, jetèrent un de ces grands cris qu'on appelle dans le pays _chuffer_, cris que poussent de temps en temps, pour s'égayer, les bûcherons dans la forêt, les vendangeurs dans les vignes, les faucheurs dans les prés, les moissonneurs à la fin du champ de blé!