XIX
Poursuivi de nouveau par Saül, le jeune chef ose descendre une nuit dans le camp avec Abisaï, un de ses plus intrépides compagnons. Ils entrent dans la tente du roi endormi. Abisaï veut profiter de l'occasion pour le frapper; David, toujours fidèle et respectueux, retient encore sa main; il se contente d'emporter la lance et la coupe du roi.
On voit que sa seule pensée est de fléchir son maître à force de preuves de fidélité.
Saül enfin succombe avec Jonathas, après une bataille perdue contre les ennemis d'Israël, et il se perce de son épée.
On apporte ses armes et ses habits à David, émigré alors chez les Amalécites. Il pleure sur le roi et sur Jonathas; il chante un chant funèbre. On y sent la sincérité de la douleur et le remords du patriotisme, au milieu des nations étrangères qui se réjouissent de leur victoire sur son pays.
Il rentre en Judée et habite Hébron en attendant que la nation et les prêtres se décident entre les fils de Saül et lui.
Abner, le général le plus accrédité de Saül, soutient pendant sept ans la cause de la famille royale. À la fin, il cède à l'amour que lui avait inspiré _Respha_, jeune concubine de Saül, et il l'épouse. On lui reproche cette audace. Il s'indigne et jure de se venger de cet outrage en reconnaissant David.
Abner est tué en trahison pendant sa négociation perfide avec David. Bientôt le fils de Saül lui-même est assassiné pendant son sommeil. Le peuple entier se précipite vers Hébron pour reconnaître roi son héros expatrié.
Son règne, qui commence alors, n'est qu'une vicissitude d'exploits et même de crimes. La souveraineté l'enivre, le sang l'allèche, l'amour le corrompt; mais il ne perd point son génie poétique avec sa vertu; il est à lui-même son propre barde. Enfin il aggrave ses crimes par l'ingratitude et la perfidie la plus odieuse dans ses amours avec Bethsabée, qu'il aperçoit au bain, qu'il arrache de sa demeure, et dont il fait tuer le mari pendant que ce guerrier se dévoue pour lui sur le champ de bataille.
Le prophète Nathan, courageux vengeur du crime, force David à se condamner lui-même par la parabole de la brebis unique dérobée à son pauvre possesseur.
«Mais le pauvre n'avait qu'une petite brebis qu'il avait achetée en nourrice, et qui avait été élevée sous son toit avec ses enfants, mangeant son pain, buvant dans son écuelle et dormant sur son sein, et il l'aimait comme sa fille!»
Quel poëte épique a de pareils accents sortis du coeur? Quelle justice parle au coeur en pareilles images? Quel talion de miséricorde demande ainsi au coupable des larmes pour du sang?