‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 113 sur 180 · XVII

XVII

Confucius était né de race noble. Sa généalogie remontait à vingt-deux siècles et demi avant J.-C.; nous disons de race noble, car l'égalité démocratique des institutions chinoises n'exclut pas le respect et l'authenticité des filiations dans un pays où tout est fondé sur l'autorité du père et sur le culte de la famille pour les ancêtres.

Il descendait même d'une race qui avait donné des rois à un des royaumes dont se composait alors la fédération monarchique de l'empire chinois, encore mal aggloméré en seul gouvernement.

Le père de sa mère avait trois filles; un vieillard, gouverneur de sa province, lui en demanda une pour épouse. «Le père, dit l'historien chinois, rassembla ses filles et leur dit: «Le gouverneur de Tseou veut me faire l'honneur de s'allier à moi, et demande l'une de vous en mariage. Je ne vous le dissimule point, c'est un homme d'une taille au-dessus de l'ordinaire et d'une figure qui n'a rien d'attrayant; il est d'une humeur sévère, et ne souffre pas volontiers d'être contrarié; outre cela, il est d'un âge déjà fort avancé. Voyez, mes filles, l'embarras où je me trouve, et suggérez-moi comment je dois m'en tirer. Je n'ai garde de vouloir vous contraindre. Dites-moi naturellement ce que vous pensez. Au reste, _Chou-Leang-Ho_ compte parmi ses ancêtres des empereurs et des rois, et descend en droite ligne du sage _Tcheng-Tang_, fondateur de la dynastie des _Chang_.»

«Le père ayant cessé de parler, ses trois filles se regardèrent en silence pendant quelque temps. La plus jeune, voyant que ses soeurs ne se pressaient pas de répondre, prit elle-même la parole et dit: «Je vous obéirai, mon cher père, et j'épouserai le vieillard que vous nous proposez. Je n'y ai aucune répugnance, et j'attends respectueusement vos ordres.»

«Oui, ma fille, répondit le père, vous l'épouserez; je connais votre vertu et votre courage; vous ferez le bonheur de votre mari et vous serez vous-même heureuse entre toutes les mères.»