‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 114 sur 180 · XVIII

XVIII

C'est de cette union que naquit Confucius, 551 ans avant J.-C. «Un enfant pur comme le cristal naîtra, dirent à la mère les génies protecteurs de la famille (l'esprit des ancêtres); il sera roi, mais sans couronne et sans royaume!» Les Chinois comprenaient déjà alors la royauté de l'intelligence et la souveraineté de la raison.

Dès sa naissance, la tendre superstition de ses parents remarqua des lignes de génie, de sagesse future et de faveur du ciel sur toute sa personne. Le plus significatif de ces augures, selon les historiens du temps, était une protubérance élevée au-dessus de la tête, signe que les phrénologistes d'aujourd'hui considèrent encore comme une prédisposition naturelle des organes de l'intelligence à la contemplation des choses célestes, à la piété et à la vertu dont la piété est le premier mobile.

L'enfant perdit le vieillard son père trois ans après sa naissance. Sa vertueuse mère résolut de rester veuve pour se livrer sans distraction à l'éducation de ce fils. À l'âge de sept ans elle le confia aux leçons d'un philosophe consommé en science et en sagesse, dont il devint le disciple de prédilection. Son application, ses progrès, son obéissance, sa modestie, la douceur de son caractère, la grâce de son langage et de ses manières en firent le modèle de l'école; il fut chargé par le maître de le suppléer habituellement dans ses leçons aux plus jeunes de ses élèves. Confucius commença ainsi à professer tout en s'instruisant, mais il le fit avec tant de ménagement pour l'orgueil de ses inférieurs qu'on lui pardonna sa supériorité, et qu'on aima même en lui cette supériorité de génie qui excite ordinairement l'envie et la haine. Une précoce gravité cependant ajouta ainsi à sa jeunesse l'habitude calme et digne de la physionomie de l'âge mûr.

À dix-sept ans, sa mère le contraignit à quitter à regret l'école du philosophe, et à entrer dans les affaires comme mandarin de la dernière classe. Après de sévères examens pour les fonctions publiques, il fut chargé d'inspecter les subsistances du peuple et les procédés de l'agriculture dans le petit royaume de Lou, sa patrie. La science de l'économie politique, qui ne commence qu'à naître et à balbutier en Europe, était déjà parvenue à une haute théorie de principes et d'application en Chine. On le voit par les notions de liberté de commerce et de suppression des monopoles que les historiens de Confucius développent, d'après lui, dans le récit de cette partie de son administration.

Le peuple du royaume lui paya ses soins en popularité, le roi en confiance. Il devint le modèle des administrateurs comme il avait été le modèle des disciples dans ses études. Marié par sa mère à dix-neuf ans, il eut un fils; il lui donna le nom de _Ly_, par allusion au nom d'un petit poisson que le roi lui envoya pour sa table, en le félicitant, suivant l'usage, sur la naissance d'un premier-né.