‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 14 sur 180 · XIV

XIV

Quant à ses occupations et ses rêveries dans cette solitude, voici ce que je lis dans une de ses lettres à un autre de ses amis. J. J. Rousseau n'a rien de plus extatique.

«Combien de fois pendant les nuits d'été, à la douzième heure, après avoir récité mon bréviaire, je suis allé me promener dans les campagnes au clair de la lune! Combien de fois même suis-je entré seul, malgré les ténèbres intimidantes de la nuit, dans cet antre terrible où, le jour même et en compagnie d'autres hommes, on ne pénètre pas sans un secret saisissement! J'éprouvais une sorte de plaisir en y entrant; mais, je l'avoue, ce plaisir n'était pas sans une certaine voluptueuse terreur.

«Je trouve tant de douceur dans cette solitude, une si délicieuse tranquillité, qu'il me semble n'avoir véritablement vécu que pendant le temps que je l'ai habitée; tout le reste de ma vie n'a été qu'un continuel tourment!»

· · ·

De plus une harmonie secrète semblait préexister entre Pétrarque et la fontaine de Vaucluse, harmonie dont il parle plusieurs fois lui-même comme d'une superstition de l'amour qui l'attachait à ces beaux lieux. La crue des eaux de la fontaine correspondait au 6 avril vers l'équinoxe du printemps, et c'était aussi le 6 avril qu'il fêtait dans son coeur l'anniversaire de sa rencontre avec Laure, et que la crue de ses larmes débordait régulièrement de ses yeux au retour de ce jour heureux ou fatal de sa vie.

À tous ces charmes il faut, si l'on en croit la tradition, ajouter le charme de se rapprocher assez souvent de la résidence d'été de Laure: elle habitait, pendant cette saison, le village voisin de Cabrières.