XXIII
Pendant que Pétrarque, revenu ainsi à Avignon, s'enivrait de poésie et d'amour mystique sous les yeux de Laure, et multipliait ses sonnets divins, qui sont comme le calendrier de ses rencontres et de ses soupirs, Rienzi commençait à agiter Rome.
Les revers de la maison de Corrége, un instant chassée de Parme, puis y rentrant les armes à la main, rappelèrent Pétrarque à Parme. Il composa pour Rienzi, son ami, cette ode patriotique: _Italia mia beneche il parlar sia indarno!_ etc., pour conjurer les princes d'Italie à la concorde et à l'union. Cette adjuration poétique est le fond de toutes les odes et de toutes les harangues que nous avons entendues, depuis cette époque, dans la bouche de tous les poëtes politiques de la Péninsule: de Pétrarque à _Alfieri_ ou à _Monti_, il n'y a qu'un écho éternel; les mêmes circonstances produisent le même cri; mais Pétrarque fut le premier qui fit chanter à la lyre ce cri de la politique.
L'Italie frémit tout entière à cette voix; mais cette voix se perdit dans le tumulte des ambitions et des rivalités de ville à ville. Le poëte se réfugia une quatrième fois à Vaucluse.
Laure brillait encore à Avignon de tout l'attrait de sa beauté et de sa vertu; les sonnets de son poëte, trop étroits pour contenir son culte croissant pour elle, s'étaient transformés en formes plus larges et plus hautes de poésie qu'on appelait des _canzone_ ou des _trionfi_; et la plus poétique de ces _canzone_ fut écrite à cette époque au murmure de la fontaine de Vaucluse devant l'image de Laure:
_Chiare fresche et dolci aque!_
Voltaire lui-même, ravi d'admiration pour cette ode amoureuse, a tenté de la traduire et a échoué; il faut une âme tendre pour manier une langue pétrie de larmes et de soupirs. Un poëte plus mélancolique et plus fervent à ce culte de l'amour immatériel, M. Boulay-Paty, a consacré sa jeunesse à calquer vers sur vers ces sonnets et ces odes. Grâce à ce disciple, digne adorateur de ce maître, ce dithyrambe de l'amour et du souvenir sera bientôt rajeuni dans la langue d'André Chénier.