XXII
Rienzi était né à Rome d'un cabaretier et d'une lavandière; mais on assurait que cette lavandière était d'un sang impérial, fille d'un bâtard de l'empereur Henri VII. On pourrait attribuer à cette origine cet instinct de grandeur et de souveraineté qui se révéla en lui dès son enfance. Il naquit poëte, orateur, tribun et remueur d'hommes; les noms de Tite-Live, de Cicéron, de César, des deux Sénèques, étaient toujours dans sa bouche; ses entretiens reconstruisaient sans cesse la Rome de la république ou de l'empire; il avait le fanatisme du Capitole. Il s'indignait contre l'insolence de ces deux ou trois familles romaines qui tyrannisaient sa patrie en l'absence des papes. C'est pour cela qu'il était venu solliciter avec passion Clément VII de rentrer au Vatican; son ambassade n'eut pas de succès. Clément VII, homme de plaisir et de mollesse, préférait les délices d'Avignon aux luttes qu'il aurait à soutenir à Rome contre les princes, presque tous armés et fortifiés, des États romains. Il aimait mieux régner au Capitole de nom que de fait; il amusa Pétrarque de quelques vaines promesses, et il donna à Rienzi la place lucrative de protonotaire du saint-siége apostolique à Rome. Tel fut l'unique résultat de cette ambassade.