IV
Il se ressouvient plus loin du jour où il quitta pour la dernière fois celle dont il n'aurait jamais dû s'éloigner.
«À son attitude, à ses paroles, à son visage, à ses vêtements, à cette tendre compassion pour moi mêlée dans ses yeux à sa propre douleur, j'aurais bien dû me dire, si je m'étais aperçu de tous ces signes de la mort: Celui-ci est le dernier des jours heureux de tes douces années!
«J'appelle maintenant, et il n'y a personne qui réponde!
«Ils ont fui, mes jours, plus rapides que le cerf des forêts; ils ont fui plus glissants que l'ombre, et ils n'ont goûté d'autre bien que pendant un battement de paupières quelques heures sereines dont je conserve l'impression dans mon âme, comme d'un breuvage amer et doux sur mes lèvres.
«Misérable monde, instable et trompeur! Bien aveugle est celui qui place en toi son espérance! C'est toi qui me dérobas un jour celle qui était tout mon coeur, et maintenant tu le retiens en poussière, semblable au cadavre qui est déjà en terre et où les os ne sont plus joints aux nerfs!
«Mais la meilleure partie d'elle, qui vit encore et qui vivra toujours là-haut dans la région la plus élevée du ciel, _m'enamoure_ tous les jours davantage de ses immortelles perfections.
«Et je chemine solitaire pendant que mes cheveux changent de couleur, pensant en moi-même à ce qu'elle est aujourd'hui, et en quel séjour elle réside, et quelle félicité favorise ceux à qui il est donné de contempler sa ravissante vision.»