‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 36 sur 180 · V

V

Mais en voici un qui porte sa date et son origine dans les exclamations de l'amant veuf de son amour, en revoyant vide le site où il a aimé. Si vous pouviez le lire dans la langue où il est psalmodié plutôt qu'écrit, vous reconnaîtriez, dans l'accent des vers, l'accent d'airain de la cloche funèbre qui tinte sur la tombe des morts!

«_Sento l' aura mia antica e i dolci eolli!_

«Je respire d'ici mon air antique, et je vois surgir devant moi ces douces collines où naquit celle dont la splendide lumière éblouit si longtemps de ses clartés mes yeux avides et heureux, celle dont la disparition les attriste et les mouille aujourd'hui de larmes!

«Oh! espérance périssable! ô vaines pensées! Veuves sont maintenant les herbes et troubles les eaux, et vide et froid est le nid où elle reposait, ce nid dans lequel j'aurais voulu habiter pendant ma vie et dormir après ma mort!

«Espérant trouver à la fin, par la vertu de ces plantes secourables et par l'influence de ces beaux regards dont je fus consumé, quelque repos après les lassitudes de la vie,

«J'ai servi un maître cruel et avare (l'amour), et j'ai brûlé tant que le foyer de mon coeur a été visible sous mes yeux; et maintenant je vais pleurant sa cendre éparse au vent de la mort!»