‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 68 sur 180 · III

III

Voilà cette première ode, ou psaume, apostrophe brève et incohérente comme l'insulte du guerrier provoqué à son ennemi. Le poëte s'adresse d'abord aux envahisseurs du sol sacré; puis à Jéhovah, qu'il fait parler par sa propre bouche pour rendre confiance à Saül; puis à Saül auquel il se substitue tout à coup pour lui faire tenir un langage royal et rassurant pour lui-même et pour son peuple; puis aux ennemis, de nouveau, pour qu'ils se repentent, se soumettent et se résignent à la domination du _choisi_, de l'_élu_, du _sacré_, c'est-à-dire de Saül!

Il y a peu de chants de guerre, s'il y en a, plus superbes et plus religieux en même temps que cette ode; elle dut retentir de la tente de Saül dans toute l'armée et jusque dans le camp de la rive opposée, parmi les ennemis de Jéhovah. La pensée de ce Dieu, qui éclate avec les éclairs et les grondements de sa foudre dans les paroles de son poëte, ajoute à ce chant de guerre un caractère surnaturel, qui est, par excellence, le caractère de la poésie lyrique des Hébreux.

Les moeurs pastorales du berger-prophète y sont retracées avec une naïveté terrible dans l'image des courroies avec lesquelles le laboureur lie ses boeufs, et du joug rejeté au loin par le cou des taureaux. Ce caractère religieux manque aux chants guerriers de Tyrtée. Ces chants n'ont pour notes que l'héroïsme, la patrie, la gloire, mots sonores, mais vides de Dieu. Jéhovah remplit ceux de David. On sent à ces accents que Saül n'écoute pas en lui seulement un barde d'Israël, mais un inspiré de Jéhovah. Ce chant dut rendre la sécurité à son esprit et la vigueur à son bras.