‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 70 sur 180 · V

V

Ainsi rassuré par sa propre voix, comme l'homme qui marche dans les ténèbres, David semble, dans l'ode suivante, s'abandonner en paix à des contemplations philosophiques, semblables à celles qui assaisonnent du sel sacré des maximes les livres de Salomon, son fils, ou des poëtes persans d'une autre époque. Ce n'est plus l'ode, c'est la réflexion chantée; ce n'est plus le délire, c'est la sagesse. Cela dut être écrit dans sa vieillesse.

«Quand je t'invoquerai, ô Jéhovah! exauce ma prière. Élargis l'espace autour de moi quand je suis à l'étroit dans ma détresse!

«Le vulgaire dit: Qui nous enseignera la félicité? Et nous, nous disons: Jéhovah, fais luire sur nous la lumière de ta face.

«Tu as mis ainsi plus de joie dans mon coeur que dans le coeur de ceux dont tu multiplies le blé et le vin.

«Je me couche et je me rendors tour à tour, car c'est en toi que je me repose!»

On voit, par cette répétition de la même image du sommeil à si peu de distance, combien elle lui avait paru naturelle et expressive à la fois pour figurer sa sécurité en Dieu, et combien il se complaisait à la reproduire presque dans les mêmes termes. C'est qu'en effet il n'y en a point de plus figurative que ce sommeil et ce réveil alternatifs des paupières et de l'esprit de l'homme, qui attestent le cours régulier et paisible de son sang, ruisseau de sa vie.