XX
Et comme chaque trait des moeurs pastorales ou sacerdotales lui fournit une image ou simple, ou neuve, ou douce, ou forte, ou inattendue! Écoutez-le prêcher la réconciliation et la concorde à ses fils.
«Qu'il est doux et qu'il est agréable que les frères habitent ensemble dans la paix!
«Moins douce et moins parfumée est l'huile répandue sur la tête, qui coule de là sur la barbe, barbe d'Aharon, et qui coule de sa barbe jusque sur les bords de son habit sacerdotal!
«Moins douce est la rosée qui descend sur les collines d'Hermon!»
Et comme la figure de l'enthousiasme, la répétition, mise par lui en refrain dans la bouche du choeur ou du peuple, ajoute le retentissement d'une foule à l'accent jailli d'une seule âme!
Écoutez!
LE POËTE.
«Glorifiez Jéhovah, car il est bon; car sa miséricorde est éternelle!
LE CHOEUR.
«Glorifiez le Dieu des dieux, car il est bon; car sa miséricorde est éternelle!
LE POËTE.
«À celui qui a été l'architecte intelligent du firmament!
LE CHOEUR.
«Car sa miséricorde est éternelle!
LE POËTE.
«À celui qui a couché la terre sur les eaux!
LE CHOEUR.
«Car sa miséricorde est éternelle!
LE POËTE.
«À celui qui allume les grandes lampes du firmament!
LE CHOEUR.
«Car sa miséricorde est éternelle!
LE POËTE.
«À celui qui a fait le soleil pour le jour!
LE CHOEUR.
«Car sa miséricorde est éternelle!
LE POËTE.
«À celui qui a fait la lune et les étoiles pour les nuits!
LE CHOEUR.
«Car sa miséricorde est éternelle!
LE POËTE.
«À celui qui a fendu en blocs la mer de joncs (la mer Rouge)!
LE CHOEUR.
«Car sa miséricorde est éternelle!»
Et ainsi de suite pour toutes les phases de l'histoire nationale où Jéhovah a signalé sa protection sur Israël.
Horace chantait-il un tel _Poëme séculaire_ aux Romains?
Tyrtée a-t-il, dans l'élégie patriotique, des plaintes égales à celles qui pleurent et grondent dans les strophes suivantes?
«Au bord des fleuves de Babylone nous nous sommes assis et nous pleurions.
«Aux saules de leurs rivages nous avions suspendu nos harpes!
«Chantez-nous quelques-uns des chants de Sion, votre patrie, nous disaient, en nous commandant la joie, les oppresseurs qui nous retenaient en captivité.
«Comment chanterions-nous les chants de Jéhovah à la terre étrangère?
«Si je pouvais t'oublier, ô Jérusalem! que ma main droite m'oublie moi-même!
«Si je pouvais ne plus penser nuit et jour à toi, si je ne te plaçais plus, ô ma Jérusalem! sous ma tête, que ma langue reste collée à mon palais!
«Fils de Babylone, _la rosée du sol_! tremblez, etc., etc.»
L'élégie du captif finit par l'imprécation sourde contre l'oppresseur.