XXI
Tout finit par un choeur de louange à Dieu, auquel le poëte convie tous les peuples, toutes les bouches, tous les instruments à corde ou à vent de la musique sacrée, tous les éléments et tous les astres! Sublime finale de cet opéra de soixante ans, chanté par le berger, le héros, le roi, le vieillard dans les psaumes!
«Chantez le Seigneur dans les profondeurs du firmament!
«Chantez-le, vous ses anges! vous ses armées!
«Soleil et lune, chantez! chantez, vous, astres lumineux! étincelantes constellations!
«Voûtes des cieux, chantez! Chantez, vastes eaux qui flottez au-dessous des cieux!
«Éclairs, grêle, neige, brouillards, vents des tempêtes qui exécutez ses paroles, chantez!
«Montagnes, collines, arbres qui portez des fruits, cèdres _qui portez l'ombre_, chantez!
«Jeunes hommes, jeunes vierges, adolescents, vieillards, chantez!
«Célébrez son nom par des danses, par des fanfares à sa gloire sur la peau du tambour et sur la corde du kinnor (la harpe)!
«Célébrez-le dans son temple! célébrez-le dans son firmament!
«Célébrez-le par le déchirement du son de la trompette! célébrez-le par le nébel à dix cordes!
«Célébrez-le par la flûte et par les cymbales retentissantes!
«Que tout ce qui a le souffle dise: Jéhovah! Dieu!...»
Voilà l'enthousiasme presque inarticulé du poëte lyrique, tant les paroles se pressent confusément sur ses lèvres, qui s'emporte à sa vraie source, à Dieu, comme les flocons de la fumée d'un incendie de l'âme par un vent d'orage! Voilà David, ou plutôt voilà le coeur humain avec toutes les notes que Dieu a permis de rendre sur la terre à cet instrument de douleur, de larmes, de joie ou d'adoration! Voilà la poésie sanctifiée à sa plus haute expression! Voilà le vase des parfums brisé sur le parvis du temple et répandant ses odeurs du coeur de David dans le coeur du genre humain presque tout entier! Car, hébraïque, chrétienne ou même mahométane, toute religion, tout gémissement, toute prière a recueilli une goutte de ce vase répandu sur les hauteurs de Jérusalem pour en faire un de ses accents. Ce petit berger est devenu le maître des choeurs sacrés de tout l'univers. Il n'y a pas une piété sur la terre qui ne prie avec ses paroles ou qui ne chante avec sa voix. On dirait qu'il a mis une corde de sa pauvre harpe dans tous les choeurs religieux ou seulement sensibles, pour l'y faire résonner partout et éternellement à l'unisson des échos de Bethléem, d'Horeb ou d'Engaddi! Ce n'est plus le poëte, ce n'est plus le prophète; c'est la vibration des murs de tous les temples répercutant son coeur.
C'est le psalmiste de l'éternité. Quelle destinée, quelle puissance a la poésie quand elle s'inspire de la divinité!