‹ Cours familier de Littérature - Volume 07Chapitre 1 sur 182 · II

II

En ce temps-là vivaient, tantôt à Florence, tantôt à Rome, tantôt en Suisse, au bord du lac de Constance, des familles exilées, dont les prodigieuses vicissitudes d'élévation et de chute seront l'étonnement de l'histoire. Elles étaient alors le spectacle de l'Italie: c'étaient des branches de la famille des Bonaparte. Plusieurs de ces branches, détachées du tronc par l'exil de Napoléon à Sainte-Hélène, s'étaient réfugiées en Italie, terre des ruines et patrie de leurs ancêtres. C'était d'abord la mère de Napoléon, _Hécube_ de cette race, vivant à l'ombre, avec ses orgueils et ses mémoires d'aïeule, dans le palais du cardinal son frère. C'était Lucien Bonaparte, dont le nom répondait autant à la République qu'à l'Empire, caractère à deux aspects des hommes de deux dates, la République et l'Empire. Il avait dédaigné un trône offert au prix de la répudiation d'une épouse de son choix; il élevait une belle et nombreuse famille de fils et de filles qui portent tous, dans un coin de leur nature, le sceau d'une étrange puissance d'originalité et de volonté. Parent de la femme de Lucien par ma mère, j'ai eu moi-même l'occasion de connaître cette femme, que son mari avait préférée à un sceptre. Ceux de ses enfants que j'ai connus par elle avaient une empreinte de son énergie: Romains, Corses, Toscans, natures granitiques.