‹ Cours familier de Littérature - Volume 07Chapitre 2 sur 182 · III

III

C'était ensuite Louis Bonaparte, roi volontairement descendu du trône de Hollande, homme né pour être le contraste avec le chef de sa maison, fait pour la vie privée, ambitieux de repos, de mérite littéraire, et non de puissance. Je l'ai connu mystérieusement à Florence, pendant plusieurs années, sans que le public soupçonnât nos rapports, que les convenances politiques de ma situation m'empêchaient d'ébruiter. Je n'allais jamais dans son palais; il venait chez moi, la nuit, dans une voiture sans armoirie, suivi d'un seul valet de chambre qui aidait ses pas infirmes à monter l'escalier de ma villa, hors des murs de Florence. Nous passions de longues soirées, tête à tête, dans des entretiens purement littéraires ou philosophiques qu'il avait la complaisance de rechercher. Je servais les Bourbons; il était Bonaparte: il y avait cette incompatibilité entre nous; mais il était avant tout philosophe et poëte; il me lisait ses compositions; j'oubliais qu'il était roi d'une dynastie que je ne reconnaissais pas: les lettres nivellent tout pendant qu'on en parle. L'entretien terminé, bien avant dans la nuit, je le reconduisais respectueusement jusqu'à sa voiture; il laissait après lui dans ma pensée un parfum d'honnêteté que je crois respirer encore.