XVIII
Les demandes de la main de Mireille à son père par ses prétendants remplissent le quatrième chant. C'est la situation de Pénélope transportée du palais au village, c'est Ithaque au mas des Micocoules. Mais, si la situation est analogue, les détails sont tous originaux; la nature forme des ressemblances, jamais de copies.
«Quand vient la saison, dit le poëte, où les violettes éclosent par touffes dans les vertes pelouses, les couples amoureux ne manquent pas pour aller les cueillir à l'ombre; quand vient le temps où la mer agitée apaise sa fière poitrine et respire lentement de toutes ses mamelles, les prames et les barques ne manquent pas pour aller sur l'aile des rames s'éparpiller sur la mer tranquille; quand vient le temps où l'essaim des jeunes vierges fleurit parmi les femmes, les poursuivants ne manquent ni dans la Crau, ni dans les manoirs des châtelains, ni au mas des Micocoules. Il en vint trois: un gardien de cavales, un pasteur de génisses, un berger de brebis, tous les trois jeunes et beaux.»
Le cortége d'ânes, de boucs, de béliers, de chèvres, de chevrettes et de petits chevreaux, descendant des montagnes du Dauphiné dans la Crau aux sons des clochettes appendues au cou des béliers conducteurs et suivi du pâtre enveloppé de son lourd manteau, est une de ces scènes calquées sur les flancs des montagnes, aux rayons d'un soleil d'automne. Le pasteur, environné de ses chiens blancs et énormes, passe avec orgueil cette revue de ses richesses au défilé des monts dans la plaine.
Alari, ce riche possesseur des troupeaux ambulants, aborde Mireille sur le seuil du _mas_, sous prétexte de lui demander le chemin, mais, en réalité, pour sonder son coeur. Il lui fait présent d'une coupe taillée dans le buis, ciselée de ses mains pendant les longs loisirs solitaires du pâturage. Le bouclier d'Achille, dans l'_Iliade_, n'est pas mieux décrit que cette coupe avec ses bas-reliefs sculptés au couteau. Mireille admire, raille, refuse, et s'enfuit.