XIX
Un gardien des cavales de la Crau, présomptueux et superbe, est refusé de même. Pourtant les mille cavales sauvages qu'il possède sont peintes par le poëte avec des couleurs de Salvator Rosa. «Elles flairent le vent et se souviennent, après dix ans d'esclavage, de l'exhalation salée et enivrante de la mer, échappées sans doute de l'attelage de Neptune, leur premier ancêtre, semblent encore teintes d'écume, et, quand la mer souffle et s'assombrit, quand les vaisseaux rompent leurs câbles, les étalons de la Camargue hennissent de joie; ils font claquer, comme une mèche de fouet, leur longue queue traînante; ils creusent le sol avec leur sabot, ils sentent pénétrer dans leur chair le trident du dieu terrible qui fait bondir les flots.»
Le maître de ces escadrons de cavales demande Mireille à son père. Raymond l'agrée, fait venir Mireille; mais Mireille demande du temps, pleure et se sauve. «Père, dit le cavalier, il suffit; je retire ma demande, car un gardien des cavales de la Camargue connaît la piqûre du cousin!» «Il a deviné que le coeur de l'enfant n'est plus à elle. Triste et résigné, il reprend au repas le sentier pierreux du désert.»