‹ Cours familier de Littérature - Volume 07Chapitre 16 sur 182 · XVII

XVII

C'est là l'impression qui avait évidemment saisi Léopold Robert, homme des champs lui-même, dans ses haltes fréquentes sous le chêne ou sous le rocher de _Sonnino_, pendant ses excursions pittoresques avec la sauvage et tendre Thérésina. C'est cette félicité de l'humanité naïve, laborieuse, opulente de peu, qu'il avait rêvée, qu'il avait vue, et qu'il voulait reproduire en un groupe, comme une image complète du bonheur terrestre, comme l'hymne sans mots de la création.

Il pouvait prendre cette image de l'extase humaine sous mille aspects, sous mille formes, dans mille attitudes et dans mille scènes plus élevées du drame de la vie: les palais, les temples, les bosquets, les bords des fontaines lui offraient ces images de la félicité ou de la volupté, dans les champs de victoire, dans les triomphes des guerriers ou des orateurs sauveurs de la patrie et idoles des peuples, dans les actes de foi et de culte qui unissent les hommes à Dieu par la piété, cette plénitude de l'âme; par les langueurs de l'amour heureux, dans les jardins d'Armide et d'Alcine, où le Tasse et l'Arioste enlacent leurs héros dans les bras de beautés ivres de regards. Tout cela lui parut ou trop abstrait, ou trop conventionnel, ou trop mystique, ou trop sensuel: il conçoit, plus près de terre, une félicité rurale et domestique plus accessible à l'universalité de l'espèce humaine, félicité fondée non sur les chimères d'esprit ou de coeur, mais sur les instincts innés de l'homme et sur les réalités péniblement douces de la vie. La famille, l'amour, le travail, l'enfance, la jeunesse, la maturité, la sainte vieillesse, la récolte après la moisson, la mort dans l'espérance, après la vie dans la sueur. En un mot, sa félicité ce n'est pas l'Éden c'est la terre. Regardez! voilà le groupe.