‹ Cours familier de Littérature - Volume 07Chapitre 17 sur 182 · XVIII

XVIII

C'est l'été; le ciel est pur; on ne le voit qu'à sa clarté; il revêt tout de sa lumière, dans laquelle il se noie et se confond lui-même; l'air, on ne le voit pas non plus, mais on le sent: il est chaud, mais déjà trempé de ces premières moiteurs d'un beau soir qui se mêlent, sur le front, avec la sueur de la journée de l'homme, pour la rafraîchir et pour l'embaumer; on distingue l'heure, non-seulement aux lourdes ombres qui s'allongent derrière les roues du char et derrière les épaules des jeunes filles, mais on la discerne plus visiblement encore aux deux ou trois légers nuages qui flottent très-loin dans le ciel et qui se teignent, seulement par le haut, des lueurs répercutées du soleil. Quelques lignes indécises des Abruzzes s'articulent à peine dans l'horizon, derrière le groupe animé.

Une longue plaine basse, vers laquelle le char va descendre, s'incline vers la mer et se relève à gauche par le cap Circé. On est sur un plateau intermédiaire entre l'Abruzze et la grande mer.

À l'extrémité du plateau, qui commence à incliner vers les marais Pontins, une mer d'épis prélude à une mer de vagues: pas un arbre à l'horizon; rien que la glèbe nue et chaude sous le soleil, la terre cultivée et non ombragée, la terre féconde, la terre nourricière, _Alma parens!_ Admirez la profonde réflexion du peintre, qui pouvait être tenté par un beau chêne aux bras tortueux ou par quelques fraîches fleurs de lotus endormies sur le lit des eaux. Non, rien pour l'agrément, tout pour l'idée, tout pour l'homme, tout pour le travail. Quel rigorisme de conception! et cependant quel charme! Qui songerait à regretter l'arbre ou la source, une fois qu'on a porté ses regards sur le groupe humain?

Or voici le groupe.