‹ Cours familier de Littérature - Volume 07Chapitre 19 sur 182 · XX

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Un jeune homme, d'une beauté apollonienne sous le costume d'un bouvier des Abruzzes, est debout entre les deux têtes de buffles: c'est le fils de la maison; il tient renversée la baguette armée de l'aiguillon, comme on tiendrait un sceptre: il pèse en arrière, de tout son poids, sur le timon pour arrêter le char sur sa pente; un de ses coudes pose avec confiance sur le cou d'un des buffles; son autre coude s'étend nonchalamment sur le joug.

Son attitude rappelle, sans les imiter, les attitudes les plus naturelles et les plus articulées des figures de Phidias, dans les bas-reliefs du Parthénon. Le costume de ce jeune homme même, quoique conforme à celui des paysans des montagnes de Rome, paraît aussi antique et aussi sculptural que s'il était copié sur une médaille d'Athènes ou d'Argos. Il en est de même de tous les costumes d'hommes, de femmes, d'enfants, de pêcheurs, de bergers, de laboureurs, de mendiants, dans les tableaux de Léopold Robert. On voit que le costume, cet écueil de tous les peintres modernes, et l'homme sont sortis du même jet de son imagination pittoresque; ses figures naissent toutes vêtues; il a l'inspiration du haillon comme du soulier, de la guêtre, du manteau. Mérite prodigieux qu'on n'a pas assez remarqué dans ses oeuvres, le choix et l'ajustement de ses costumes sont tellement adaptés aux figures qu'on ne s'aperçoit pas si ces vestes, ces chemises, ces pourpoints, ces chausses sont coupés par un tailleur ou drapés par un statuaire. Il n'a pas eu besoin de dénaturer le costume moderne pour peindre des hommes et des femmes d'hier en habits antiques; son oeil groupe la toile, le drap, le cuir, comme il groupe les personnages; en restant vrai il transfigure tout en beau: le vulgaire devient idéal sous sa touche.

L'expression de ce bel adolescent qui gouverne les boeufs est fière, pensive et mâle; son front est encadré dans des boucles épaisses de cheveux noirs; ses cheveux sont surmontés d'une calotte brune; il penche l'oreille d'un côté pour écouter la _zampogna_ des _pfifferari_; il regarde, de l'autre côté, un groupe de trois femmes de différents âges qui marchent près des roues pour ramasser les épis tombés du char. Il nous a semblé reconnaître, dans le visage d'une de ces jeunes femmes, le portrait un peu idéalisé de la princesse Charlotte.