XXVI - XXVII
L'entretien de Faust et de Wagner est interrompu par un chien barbet, en apparence égaré, qui circule autour d'eux et qui finit par les flatter en rampant à leurs pieds. Wagner s'étonne; Faust soupçonne à demi un esprit déguisé sous la forme caressante de ce charmant animal. Il entre, suivi de Wagner et du chien, par la porte sombre de la ville.
La scène change de place; on est de nouveau dans le cabinet d'étude de Faust. Il y est seul avec le mystérieux animal, le chien barbet.
Faust ouvre l'Évangile, le chien s'agite et grogne. «_Au commencement était le Verbe._--Non, non, se dit-il à lui-même, au commencement était la force! la force, le dieu du monde!» Le chien gémit et hurle à côté de lui.
Ici une imitation de la scène des sorcières de Shakspeare défigure un peu cette belle oeuvre. Le chien, aux paroles enchantées de Faust, apparaît tout à coup sous forme humaine derrière le poêle du jeune docteur. Ceci est évidemment de la part de Goethe un sacrifice à la triviale popularité de la tradition puérile de l'Allemagne. Il faut laisser cette scène aux enfants et au peuple infatués de la sorcellerie du moyen âge, et ne voir dans le barbet changé en homme, et en homme cachant un esprit démoniaque sous ses formes humaines, que l'inspiration manichéenne du mal conseillant le mal à tout ce qui respire.
Ceci admis, le rôle du mal, caché sous la forme de Méphistophélès, devient vrai comme le monde réel et pittoresque comme l'incarnation de toute perversité. Goethe, quoique bien peu avancé dans la vie, puisqu'il n'avait que quarante ans quand il composait _Faust_, se montre un observateur consommé de la malice humaine et de la séduction par la passion. S'il avait peu senti par lui-même, il avait tout compris dans les autres. Jamais la force lyrique et la force impassible et analytique de l'observation ne furent plus étrangement réunies dans un même homme. Poursuivons.