‹ Cours familier de Littérature - Volume 08Chapitre 100 sur 143 · VIII

VIII

Cassius le nomma, pour ses exploits, tribun des soldats; c'était un grade éminent dans l'armée romaine, équivalant au grade de colonel ou de général de brigade dans nos camps. Ce grade donnait droit au commandement d'une légion, corps de six mille hommes de toutes armes. Horace commanda, en effet, une légion sous les ordres de Cassius, et il la commanda avec honneur. On ne peut croire qu'un vieux général aussi consommé que Cassius ait élevé un lâche à un tel commandement dans son armée; la lâcheté, dont se vante plus tard Horace dans ses vers railleurs contre lui-même, n'était donc en réalité qu'une plaisanterie ou une flatterie à Auguste; il voulait persuader par là à ce prince, neveu de César, que tous ceux qui avaient combattu jadis contre lui étaient indignes de porter une épée et un bouclier. Il l'honorait par adulation d'un vice qu'il n'avait pas; il sacrifiait son caractère à sa fortune. La vérité c'est qu'il avait héroïquement commandé et combattu contre César, et qu'il ne voulait plus combattre contre Auguste. La fortune avait décidé, il était devenu épicurien, il ne voulait pas se roidir contre la fortune. Ces vers d'Horace sur sa prétendue fuite et sur son bouclier jeté à la bataille de Philippes sont une turpitude, mais ne sont pas une lâcheté.