‹ Cours familier de Littérature - Volume 08Chapitre 101 sur 143 · IX

IX

Horace mêlait, dès cette époque, la poésie à la guerre; mais c'était une poésie courte, légère, facétieuse, telle qu'elle convenait aux camps. Son talent, sa gaieté, sa figure faisaient de lui l'idole des jeunes compagnons de Brutus; les historiens font un charmant portrait de ce général enjoué, qui riait de tout, même de la mort. «Sa taille était petite, mais robuste; ses traits étaient fins et gracieux; son teint avait la délicatesse et le coloris d'un teint de femme; ses cheveux noirs, flottant en boucles naturelles sur un front très-ombragé, ses yeux grands et bien ouverts annonçaient l'audace sans insolence. Ses paupières, un peu malades dès sa jeunesse, étaient bordées de larmes fréquentes et colorées de pourpre par une légère inflammation organique.»

Tel était Horace à cet âge; un peu plus tard la mollesse de son tempérament, et peut-être de ses moeurs, chargèrent d'un peu d'embonpoint ses membres dispos. C'est le tempérament et la stature ordinaire des poëtes de plaisir, de raillerie et de bonne humeur; c'est sous cette forme un peu obèse, dans ces grands yeux à fleur de tête et dans cette bouche souriante que la verve satirique, soldatesque ou épicurienne, de Béranger et de Désaugiers, ces Horaces du couplet, s'est complue à s'incarner de nos jours. Le tempérament ne fait pas le talent, mais il en signale la nature. Le feu de la gaieté ne consume pas comme le feu du génie. Les veilles maigrissent, la table engraisse. Virgile était maigre, Horace était gras. Brutus aussi était maigre et pâle. César jugeait comme nous de ces différents caractères attribués aux différents tempéraments des hommes de son temps. «Ce ne sont pas ceux-là que je crains,» disait-il en parlant de ses ennemis au teint fleuri comme le visage d'Horace.