‹ Cours familier de Littérature - Volume 08Chapitre 11 sur 143 · XI

XI

Voilà tout ce livre _du Pape_, oeuvre très-savante, quoique très-décousue, inférieure aux _Soirées de Pétersbourg_, et qui cependant produisit plus de gloire à l'écrivain, parce qu'elle fut adoptée à son apparition par les Chateaubriand, les Bonald, les Lamennais, hommes éclatants de la restauration théocratique en France à cette époque. Ils adoptèrent M. de Maistre comme un auxiliaire envoyé d'en haut à leur parti. Sans cet esprit de parti, qui donne non pas la vie, mais le bruit, aux ouvrages des hommes, ce livre n'aurait été que le manifeste de la théocratie; ils en firent dans leurs journaux le manifeste de l'Esprit-Saint. Ce livre n'est plus guère lu aujourd'hui que par les légistes sacrés ou par les érudits du sanctuaire. C'est un arsenal de science ecclésiastique.

Il en fut de même de son livre de controverse sur l'Église anglicane, où il a raison contre Bossuet et tort contre l'indépendance des nations. Dans ses lettres sur l'inquisition espagnole il est plus qu'un étrange sophiste: il fausse l'histoire pour justifier une barbarie. Ce n'est pas là un livre, c'est un pamphlet. Le goût du paradoxe rendait rétrospectivement cruel en théorie le plus doux et le plus gai des hommes. Il ne faut pas badiner avec le sang.