XXII
Tout portait l'âme d'Horace, en ce temps-là, à la sérénité, à l'insouciance des affaires publiques et aux plaisirs de la ville ou des champs. Auguste gouvernait si doucement qu'on ne sentait pas sa main ou qu'on ne la sentait que par ses bienfaits. Il voulait allécher Rome à la monarchie paternelle. Horace, maintenant rallié, célébrait quelquefois ses exploits en vers pindariques; il passait de l'élégie à l'ode comme le musicien consommé d'une corde à l'autre sur le même instrument. Il avait entièrement oublié Brutus, Caton, Cicéron: la liberté orageuse ne valait pas, selon lui, la peine qu'on la pleurât; d'ailleurs les hommes pouvaient bien trahir la cause trahie par les dieux. Il ne s'occupait que de son plaisir et de sa santé. Le médecin d'Auguste l'envoyait tantôt passer l'été aux bains froids de la Sabine, tantôt aux bains chauds de la Campanie; on voit par ses épîtres que l'_hydrothérapie_ était inventée à Rome comme à Paris dès ce temps-là. Il fit aussi quelques rares voyages en Calabre pour y visiter le berceau de son enfance et le tombeau de son père. Il revient avec délices dans plusieurs de ses compositions sur ces flots de _Tarente_ et sur cette fontaine de _Blandusie_ qui avaient pour lui la saveur des premiers souvenirs.