‹ Cours familier de Littérature - Volume 08Chapitre 116 sur 143 · XXIV

XXIV

C'est là qu'Horace se prêta aux désirs de ses amis lettrés, les Pisons, en écrivant ces épîtres, plus didactiques qu'agréables, qu'on a appelées son _Art poétique_.

C'est un cours de littérature abrégé et résumé en vers froids, secs, d'une admirable concision, mais d'une pénible lecture. La grâce et la mollesse, caractère des écrits d'Horace, ne pouvaient avoir leur place dans un sujet didactique; les préceptes dénués de descriptions et d'épisodes n'appartiennent pas à la poésie, mais à la pédagogie. Boileau, quoique copiste d'Horace, a traité le même sujet dans son _Art poétique_ avec une grande supériorité sur le poëte romain, bien que Boileau fût infiniment moins poëte que l'ami de Mécène; mais Horace ne prétendait qu'à faire une ébauche, Boileau faisait un poëme. En ce genre les _Géorgiques_ de Virgile sont le chef-d'oeuvre immortel des anciens et des modernes, parce que le spectacle de la nature et les travaux des champs sont un sujet bien plus susceptible de description et de sentiment que les leçons de rhétorique et de prosodie données en vers boiteux par Horace et par Boileau. Virgile, fils d'un potier de Mantoue et né parmi les pasteurs et les laboureurs des collines du lac de Garde, composait des souvenirs de son enfance des tableaux vivants dans son âme, tableaux qui vivront autant que la nature; sa supériorité didactique ne vient pas seulement du poëte, elle vient du sujet.