‹ Cours familier de Littérature - Volume 08Chapitre 129 sur 143 · X

X

Celle-ci n'est qu'une apostrophe involontaire et patriotique d'un homme de bien et de plaisir, qui voit son pays se lancer dans de nouvelles guerres civiles. Elle n'a pas de date; c'est sans doute le moment où les légions d'Auguste allaient chercher les légions du fils de Pompée pour jouer au jeu des batailles le dernier sort de Rome. Il personnifie dans cette ode Rome dans un vaisseau qui porte les Romains, image neuve et belle alors, devenue banale et usée aujourd'hui dans tous les discours de nos mauvais orateurs et de nos vulgaires publicistes: le temps use les images comme il use tout.

À LA RÉPUBLIQUE.

«Ô vaisseau! de nouvelles vagues vont donc te lancer de nouveau dans les hautes mers! Ah! que fais-tu? Cramponne-toi de toutes tes ancres au port! Ne vois-tu pas tes flancs nus de rames, ton mât chancelant rompu par le vent d'Afrique? N'entends-tu pas gémir tes antennes? Privé des câbles qui relient tes planches, pourras-tu résister à l'assaut redoublé des lames? Plus de voiles, déchirées déjà par tant de tempêtes; plus de dieu qu'il te reste à invoquer sous les périls qui pèsent sur toi! Bien que tu sois construit d'un pin de Bithynie, et que, noble fils de la forêt, tu te glorifies d'une origine et d'un nom illustre, les décorations peintes sur ta proue ne rassurent pas le pilote! Hâte-toi de réfléchir, si tu ne veux pas redevenir bientôt le jouet des vents! Ô toi (patrie)! si récemment encore le souci et la douleur de mon âme! toi maintenant le regret et la terreur constante de ma vie, que les dieux te gardent des écueils écumants des Cyclades!»

Il est impossible de ne pas sentir une âme patriotique dans ces accents du coeur échappés à l'inquiétude d'un vaincu résigné de la république, mais d'un vaincu toujours préoccupé du sort de sa patrie. Horace en demandait le salut à tous les pilotes. Le poëte, désarmé par la clémence d'Auguste et par l'amitié de Mécène, était encore citoyen.