XVI
Le premier besoin d'un gouvernement pacificateur au dedans afin d'être redoutable au dehors était une amnistie aux partis vaincus, une négociation avec les partis encore en armes. On clôt la liste des émigrés, on prodigue les radiations et les restitutions de domaines non vendus à ceux qui rentrent dans leur patrie. On essaye de traiter avec les chefs vendéens; on séduit les uns, on dompte les autres: la Vendée s'éteint. M. Thiers, dans une rapide revue de l'Europe passée par un esprit juste et fin, dévoile la scène diplomatique et militaire où son héros va bientôt agir. Bonaparte, pour répondre au voeu du pays, affecte un désir de paix qui ne pouvait pas être dans sa pensée, car il n'était pas dans son intérêt. Il écrit avec ostentation des lettres conciliantes au roi d'Angleterre et à l'empereur d'Allemagne; en attendant les réponses, il organise le système administratif que nous voyons encore aujourd'hui, système plus simple que parfait, né de lui-même, de la destruction des provinces et de la division en départements, oeuvre de l'Assemblée constituante. Enfin il s'établit aux Tuileries avec ses deux collègues, comme pour faire pressentir la monarchie jusque par les murailles. Lebrun y entra; Cambacérès, plus prévoyant, refusa de s'y installer. «C'est une faute, dit-il à Lebrun, d'aller nous loger aux Tuileries; cela ne nous convient pas, à nous. Bonaparte voudra bientôt y loger seul. Mieux vaut n'y pas entrer que d'en sortir!»
Le lendemain de cet acte d'installation pompeuse, Bonaparte dit à son secrétaire: «Eh bien! Bourrienne, nous voilà donc aux Tuileries!... Maintenant il faut y rester.»