XXIV
Le traité de Presbourg, la Prusse déconcertée dans ses duplicités habituelles, la possession de toute l'Italie concédée à Napoléon, sont les fruits de cette bataille. Il rentre en France au bruit des acclamations de l'armée et du peuple. L'Angleterre est sauvée, mais le continent est asservi.
Comme à l'ordinaire encore, l'historien applaudit et témoigne seulement quelques craintes timides sur les excès de victoire et de puissance à venir, comme à chacune des périodes civiles ou guerrières de son héros: réflexion vide, tardive ou prématurée, selon nous, à la fin d'un si beau récit; car, s'il a applaudi au dix-huit brumaire, pourquoi répugne-t-il au consulat? S'il a applaudi au consulat à vie, pourquoi s'étonne-t-il de l'empire? S'il a maintenant applaudi à l'empire, pourquoi s'étonne-t-il du despotisme européen? Toutes ces choses qu'il blâme sont les conséquences nécessaires de celles qu'il a louées. Quand vous n'avez pas arrêté l'illégalité de l'ambition au premier pas, pourquoi voulez-vous qu'elle s'arrête au second? pourquoi au troisième? pourquoi au quatrième? C'est jouer mal à propos le philosophe ou c'est bien peu connaître les hommes. Le mouvement ascendant et perpétuel à tout prix était le lot et le caractère de l'homme qui n'asservissait la France qu'à la condition de l'éblouir. Napoléon était un de ces hommes qui ne s'arrêtent que quand ils tombent.
Arrêtons-nous à cet apogée de sa gloire, qui n'est pas encore l'apogée du mouvement historique de M. Thiers, et achevons dans le prochain entretien la lecture d'un livre où l'on blâme quelquefois, mais où l'on marche toujours sans lassitude d'admiration en admiration pour le tableau et pour le peintre, et, bien que le livre soit long, l'admiration est toujours courte.
LAMARTINE.
XLVIe ENTRETIEN
EXAMEN CRITIQUE
DE L'HISTOIRE DE L'EMPIRE,
PAR M. THIERS.
(3e PARTIE.)