‹ Cours familier de Littérature - Volume 08Chapitre 74 sur 143 · X

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La campagne de 1807 en Pologne contre les restes des Prussiens et contre les Russes est une étude d'un vif intérêt pour les militaires, étude trop savante et trop détaillée peut-être pour le commun des lecteurs. C'est un manuel d'état-major plus qu'un livre de bibliothèque. Mais la bataille d'Eylau, qui termine ce vingt-cinquième livre, le relève à la hauteur de l'épopée. L'historien ici est surtout grand paysagiste.

«Depuis qu'on avait débouché sur Eylau le pays se montrait uni et découvert. La petite ville d'Eylau, située sur une légère éminence et surmontée d'une flèche gothique, était le seul point saillant du terrain. À droite de l'église, le sol, s'abaissant quelque peu, présentait un cimetière. En face il se relevait sensiblement, et, sur ce relèvement marqué de quelques mamelons, on apercevait les Russes en masse profonde. Plusieurs lacs, pourvus d'eau au printemps, desséchés en été, gelés en hiver, actuellement effacés par la neige, ne se distinguaient en aucune manière du reste de la plaine. À peine quelques granges réunies en hameaux, et des lignes de barrière servant à parquer le bétail, formaient-elles un point d'appui ou un obstacle sur ce morne champ de bataille. Un ciel gris, fondant par intervalles en une neige épaisse ajoutait sa tristesse à celle des lieux, tristesse qui saisit les yeux et les coeurs dès que la naissance du jour, très-tardive en cette saison, eut rendu les objets visibles.

«Les Russes étaient rangés sur deux lignes fort rapprochées l'une de l'autre, leur front couvert par trois cents bouches à feu, qui avaient été disposées sur les parties saillantes du terrain. En arrière, deux colonnes serrées, appuyant comme deux arcs-boutants cette double ligne de bataille, semblaient destinées à la soutenir et à l'empêcher de plier sous le choc des Français. Une forte réserve d'artillerie était placée à quelque distance. La cavalerie se trouvait partie en arrière, partie sur les ailes. Les Cosaques, ordinairement dispersés, tenaient cette fois au corps même de l'armée. Il était évident qu'à l'énergie, à la dextérité des Français, les Russes avaient voulu, sur ce terrain découvert, opposer une masse compacte, défendue sur son front par une nombreuse artillerie, fortement étayée par derrière, une véritable muraille enfin, lançant une pluie de feu. Napoléon, à cheval dès la pointe du jour, s'était établi de sa personne dans le cimetière à la droite d'Eylau. Là, protégé à peine par quelques arbres, il voyait parfaitement la position des Russes, lesquels, déjà en bataille, avaient ouvert le feu par une canonnade qui devenait à chaque instant plus vive. On pouvait prévoir que le canon serait l'arme de cette journée terrible.»