‹ Cours familier de Littérature - Volume 08Chapitre 88 sur 143 · XXIV

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Ce n'est donc pas dans cette prétendue absence de style chez M. Thiers que nous ferions porter la véritable critique qui pèsera sur cette belle histoire; c'est sur l'absence de philosophie politique qui marque et qui attriste ce long récit. Il n'est pas permis à un magnifique récit en seize volumes de remuer le monde de fond en comble, pendant vingt ans de convulsions et de catastrophes, sans en faire jaillir autre chose que de la fumée de canon, des cliquetis de baïonnettes, des éclairs livides de gloire soldatesque. Non, cela n'est pas permis, cela n'est pas humain, cela n'est pas même vrai. Le monde a un sens, car il est l'oeuvre de Dieu, le suprême Penseur des choses mortelles et immortelles; celui qui ne découvre pas ce sens divin dans le spectacle des choses humaines n'est pas seulement un aveugle, il est un impie: _Coeli enarrant gloriam Dei! les cieux racontent la gloire de Dieu_; mais la terre aussi et ses grands événements racontent la gloire de Dieu dans les choses humaines. Où est-elle cette gloire de Dieu? où est-il ce témoignage de sa providence? où est-elle cette moralité des événements? où est-elle cette leçon aux peuples, aux rois, aux soldats, aux conquérants, au génie qui gouverne les nations, dans l'histoire de Napoléon pas M. Thiers? Nulle part; un païen d'Athènes ou un fataliste de Stamboul aurait écrit ainsi l'histoire de l'empereur et de l'empire français.