‹ Cours familier de Littérature - Volume 08Chapitre 9 sur 143 · IX

IX

Tel est ce livre, la grande oeuvre philosophique du comte de Maistre: un style étonnant de vigueur et de souplesse; des vues neuves, profondes, incommensurables d'étendue sur les législations, sur les dogmes, sur les mystères, et quelquefois des plaisanteries déplacées en matière grave; un grand génie doublé d'un sophiste, un _Diderot_ déclamateur dans un philosophe chrétien et sincère, un Platon souvent, quelquefois un Diogène. Ce livre fit plutôt secte que bruit à son apparition; on en jeta çà et là quelques feuilles au vent, comme celles de la sibylle. Aujourd'hui que nous venons de le relire refroidi par trente ans, nous y trouvons plus de talent que de philosophie réelle; la pensée y est plus hardie que forte, plus subtile que profonde, plus brillante que solide. C'est une magnifique curiosité plutôt qu'un monument durable de l'esprit humain. L'exagération y fausse tout, jusqu'à la vérité, qui est la modération de l'esprit.