‹ Cours familier de Littérature - Volume 09Chapitre 124 sur 194 · XXVII

XXVII

Napoléon, exilé à l'île d'Elbe, envahit de nouveau le trône de France; Murat, indécis entre ses nouveaux alliés et son beau-frère, dont il craint les ressentiments, se perd en armements équivoques qui menacent les deux partis. Il appelle vainement l'Italie à l'indépendance sous le drapeau napolitain; l'Italie ne répond que par l'inertie et le doute. Son armée se débande au premier choc contre les Autrichiens; il revient à Naples découronné et en sort le lendemain en fugitif. Errant en Corse, il tente une descente sur les côtes de Calabre; il y trouve le peuple aliéné contre lui, et la mort; il accepte sa fortune en vaincu et le supplice en héros.

La reine Caroline était morte de douleur à Vienne, où elle avait cherché un asile contre l'humiliation du patronage impérieux des Anglais. Le vieux roi Ferdinand, son mari, était revenu seul à Naples; il y régna avec douceur et modération jusqu'en 1820. À ce moment le carbonarisme s'emparait souterrainement de son armée; le carbonarisme était une société secrète, une conspiration permanente dont il est difficile de définir les doctrines: c'était un jacobinisme modéré, mais ténébreux, qui couvait dans l'ombre et qui affiliait dans le vague; son cri de guerre était la _Constitution espagnole_ arrachée à Ferdinand VII par l'insurrection soldatesque de l'armée de Cadix. Cette constitution, qui n'était ni républicaine ni monarchique, mais insurrectionnelle à tous ses articles, rendait également impossibles la monarchie et la république; elle était l'anarchie organisée.

Naples, foyer du carbonarisme aristocratique et militaire, répondit sans le comprendre au cri de l'armée; cette armée marcha sur Naples et présenta à la pointe des baïonnettes la constitution espagnole au vieux roi Ferdinand. Nous assistâmes nous-même à ces événements. Le roi plia sous la volonté de l'armée. L'aristocratie et la bourgeoisie simulèrent l'enthousiasme; le peuple, étonné, murmura et resta en observation hostile contre le carbonarisme. La constitution espagnole fut proclamée sur parole, car il n'en existait pas même un exemplaire à Naples.

Le parlement fut convoqué; ce parlement, composé en majorité d'hommes de sens et de talent, montra dans ses délibérations combien le royaume de Naples était à la hauteur des institutions libres; des orateurs aussi éclairés qu'éloquents, tels que le comte Riciardi dei Camalduli, le baron Poerio et ses émules, égalèrent les Cazalès et les Mirabeau de notre Assemblée constituante.

Cette courte période de gouvernement représentatif laisse une glorieuse trace de lumière et de raison sur le royaume de Naples. Le parlement aurait régularisé la constitution des carbonari si le joug de l'armée n'avait pas pesé à la fois sur lui et sur le trône.

La coalition monarchique de la France, de l'Angleterre, de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie, se prononça au congrès de Laybach contre le carbonarisme de l'Italie. Les troupes de l'Autriche furent chargées de rétablir le roi Ferdinand dans sa toute-puissance. L'armée napolitaine de quatre-vingt mille hommes se dispersa aux premiers coups de canon; elle marchait sans unité et sans conviction pour une cause inconnue; elle était humiliée d'obéir à une secte sous le drapeau trop étroit d'une conjuration triomphante.

Naples rentra dans la monarchie absolue pendant trois règnes.