XXIX
Un roi presque enfant, dont on ne connaît encore que le nom, se tient debout sous ces coups de vent, par le seul aplomb de la volonté de son père; il semble survivre à ce père, le plus volontaire des rois de ce siècle. Le jeune roi, menacé de perdre sa nationalité et son indépendance sous l'envahissement sans bornes du Piémont, tient encore le royaume de Naples en équilibre; l'esprit de nation lutte contre l'esprit de révolution: qui l'emportera?
Le Piémont, en démasquant son ambition, a compromis la vraie cause libérale en Italie. Absorber n'est pas affranchir: la conquête est le repoussoir de la liberté.
Malgré l'appui de l'Angleterre et de la France, le Piémont périra à l'oeuvre, car il s'est donné une oeuvre en disproportion avec ses forces: on rêve l'impossible, on ne l'accomplit pas. L'Italie elle-même, qui n'est pas _piémontaise_ mais _italienne_, réprouvera un jour ce rêve de monarchie universelle des tribuns piémontais; un tribun n'est pas obligé d'être un homme d'État. Il y a bien peu d'années que le tribun de l'Irlande O'Connell prétendait aussi ressusciter l'Irlande en l'amputant de l'empire britannique. Un immense engouement, résultat d'une immense illusion, élevait cet O'Connell aux nues, sa vraie place; nous ne cédâmes pas à cet engouement pour un fanatique de l'impossible; nous ne vîmes dans O'Connell qu'un éloquent Rienzi ou un turbulent Savonarole de l'Irlande, et nous prophétisâmes, seul alors, le néant de ses pompeuses déclamations. Qu'est-il arrivé? O'Connell est mort d'emphase; ses compatriotes ont honoré sa vie et sa tombe de leurs subsides patriotiques; ses promesses dérisoires sont mortes avec lui, il n'en est plus responsable. L'Irlande regrette le temps qu'il lui a fait perdre en progrès raisonnables à la poursuite de chimères sonores, et le royaume-uni de la grande fédération britannique subsiste et ne se souvient plus de son agitateur.
Triste exemple pour les O'Connell du Midi!
Voyons maintenant ce qui est advenu de l'Italie, depuis Machiavel, à Rome, à Florence, à Ferrare, à Gênes, à Venise, à Turin; complétons le tableau, et par le passé préjugeons l'avenir.
LAMARTINE.
(_La suite au mois prochain._)
LIIIe ENTRETIEN
Une indisposition rhumatismale, très-longue, à laquelle je suis assujetti sans gravité mais non sans supplice depuis trente ans, a mis un intervalle inusité entre le 52e et les 53e--54e Entretiens. Cette indisposition se termine seulement aujourd'hui; nos abonnés, qui veulent bien nous permettre de les considérer comme des amis, nous pardonneront ce retard involontaire. Le volume de 1860 n'en souffrira pas; nous suppléerons à l'inconvénient en publiant, comme aujourd'hui, deux Entretiens à la fois, de manière que les douze Entretiens de l'année soient toujours complétés avant le 1er janvier de l'année suivante.
LAMARTINE.
Paris, 20 juillet 1860.
LITTÉRATURE POLITIQUE.
MACHIAVEL.