VIII
Depuis Bossuet, les papes n'ont pas cessé de déchoir en puissance publique en Italie d'autant de degrés que Bossuet les a fait déchoir en autorité religieuse par l'Église gallicane. L'Angleterre maudissait le papisme, et désirait le voir dépouillé de sa royauté italienne autant que de sa vice-royauté divine; la Prusse le haïssait, la Russie le regardait avec les yeux jaloux de son patriarche russe, aspirant à lui opposer une seconde fois un patriarcat d'Orient; les États protestants de l'Allemagne triomphaient de s'en être affranchis.
La révolution française, en poussant la réaction philosophique au delà de la liberté, favorisa, sans le savoir, la double autorité spirituelle et temporelle des papes.
Pie VI, arraché à ses États, comme prisonnier de guerre, par des armées françaises, mourut détrôné et captif en France. Aussitôt après ses victoires d'Italie, Bonaparte rétablit le pape dans Rome, non-seulement comme pontife, mais comme souverain italien.
Il appela Pie VII à Paris pour le sacrer, comme un autre Charlemagne.
Plus tard il voulut, dans un mouvement d'impatience, renverser de nouveau le trône pontifical qu'il avait rétabli; il fit de Rome une ville conquise, annexée, sous le nom de département du Tibre, à l'empire. Le pape, arraché brutalement à son palais par des gendarmes français, fut traîné de Florence à Turin, de Turin à Savonne, de Savonne à Fontainebleau, comme un captif embarrassant qu'on renvoyait de prison en prison.
Quand Bonaparte sentit l'empire échapper par grands lambeaux de sa main avec la victoire, il se hâta de rendre les États pontificaux au pape et de renvoyer respectueusement le pontife à Rome comme un gage de restitution et de paix à l'Europe.
Les traités de 1815, dont on parle souvent sans les connaître, ne furent pas autre chose que le reflux de toutes les puissances dans leur territoire respectif après le débordement épuisé de la France napoléonienne.
Ces congrès et ces traités, dans lesquels les puissances non catholiques étaient en majorité, reconnurent la souveraineté telle quelle du pape, non comme un droit religieux, mais comme un fait politique; ils ne remanièrent pas la carte déchirée du monde anténapoléonien, ils la recousurent.
Pie VII gouverna par la main du cardinal Consalvi avec sagesse, libéralité et modération, les États romains. Il n'y eut ni réaction ni excès sous son règne; il fut le Louis XVIII de l'Église. Il mourut le plus tolérant des pontifes et le plus regretté des princes. Les règnes suivants furent sans caractère et sans vicissitudes jusqu'au pape actuel.