XII
Le Piémont, qui avait obtenu de la complaisance ou de la surprise du congrès de 1856 un pareil principe, ne tarda pas à l'exercer.
La guerre dite de l'_indépendance_ éclata par là en Italie. Cette guerre s'étendit par contiguïté du Piémont à Parme, à Modène, à la Toscane, aux États du pape, et maintenant on délibère à Paris et à Londres, dans des conseils de la Gaule ou de la Grande-Bretagne, sur ce qui sera retranché ou conservé de la souveraineté temporelle des États en Italie.
Cette délibération seule est une intervention flagrante, destructive de tout droit public et de toute indépendance italienne; quelque chose que vous prononciez, vous prononcerez mal.
Pourquoi vous, Europe, au congrès de 1856 à Paris, vous êtes-vous arrogé, à la voix d'un ministre piémontais, le droit de délibérer sur les régimes intérieurs des peuples? Cette délibération seule sur la dernière bourgade de l'Italie est une usurpation ou sur la souveraineté des gouvernements ou sur la volonté libre des sujets.
Je n'y ai pas été trompé en 1856, en lisant cette intervention irrégulière permise au Piémont dans les affaires intérieures du pape, du roi de Naples et des autres puissances italiennes. Je me dis à moi-même: C'est une déclaration de guerre sous la forme d'une signature de paix.
Nous nous débattons aujourd'hui sous les conséquences de cette ligne insérée au protocole du congrès de 1856.
Que deviendra le pouvoir temporel de la papauté si l'Europe est conséquente?
Que deviendra l'Italie si l'Europe se rétracte? Je le dirais bien, mais je contristerais l'Italie et l'Europe; le silence prophétise assez.
Ce droit d'intervention réciproque émané du congrès de Paris en 1856 est la fin du droit public européen: _finis Poloniæ!_ Que dirions-nous si Naples ou le pape s'arrogeaient le droit de contrôle et d'intervention intérieure à Paris, à Londres, à Turin?
Le diplomate piémontais a tendu un piége au congrès, et le congrès de 1856 y est tombé. On n'en sortira qu'en reconnaissant le droit contraire. Nous faisons des révolutions et des lois pour la liberté individuelle du dernier des citoyens, et nous ne savons pas respecter la liberté individuelle des Italiens!
Taisons-nous, et voyons ce qui advint de Florence après Machiavel.