VIII
D'un pas à la fois nonchalant, mais élastique sur le tapis, elle tourna autour du fauteuil de la duchesse pour se rapprocher de la porte. Cette grâce du mouvement, ce pas cadencé, tout créole ou tout oriental, contrastaient tellement avec la vivacité un peu turbulente des femmes de Paris que j'en conclus sur-le-champ que cette belle personne était étrangère.
La duchesse se leva pour la retenir par une douce violence de politesse; elles causèrent un instant debout, à pied levé et à demi voix, dans la pénombre du rideau, entre la fenêtre et la porte.
La voix, ce timbre de l'âme, m'émut plus encore que la beauté. Les clochettes fêlées de métal mêlé d'argent qui chantent au cou des reines du troupeau dans les pâturages sonores, sous la voûte des sapins, dans le haut Jura, ne vibrent pas plus mélodieusement aux oreilles que cette voix plus musicale que la musique. Elle ne parlait qu'amitié; je me figurais ce que ferait une telle voix si elle parlait ou si elle avait jamais parlé d'amour! Un frisson en courut sur ma peau; j'étais encore jeune, et le souvenir d'une voix pareille, depuis peu à jamais éteinte, ajoutait à mon émotion; cette voix faisait tinter les dents comme les touches d'ivoire d'un clavier mouillé par les lèvres; on l'entendait au fond de la poitrine. Peu importaient les paroles; le timbre parlait de lui-même: c'était une âme répandue dans l'air qui vous caressait de sons.