VII
Ce jour-là, j'entrai dans le salon de la duchesse de Devonshire sans avoir été annoncé: je la croyais seule; une femme inconnue était debout à côté d'elle, le bras appuyé sur la tablette de la cheminée et chauffant ses petits pieds transis au brasier à demi éteint dans l'âtre. C'était au mois de février; elle avait mouillé ses souliers de soie puce en descendant dans la neige à la porte de l'hôtel. Mon arrivée interrompit la conversation entre ces deux femmes, conversation qui paraissait être animée, quoique à voix basse, car l'une d'elles (l'inconnue) avait sur les joues cette coloration fugitive du sang en mouvement sur un fond de pâleur qui prouve qu'on a poussé tête à tête un entretien jusqu'à la lassitude.
La duchesse me nomma seulement à elle et me fit asseoir; après les premières interrogations sur mon voyage, sur Rome, sur nos amis communs d'Italie, l'inconnue, qui paraissait prête à partir, se rassit sans rien dire à l'autre coin de la cheminée en face de moi; c'était sans doute une politesse de quelques minutes qu'elle s'imposait pour ne pas avoir l'air de manquer d'égards au nouveau venu; mais après cette courte halte sur le canapé elle se leva de nouveau, _et vera incessu patuit dea_!