‹ Cours familier de Littérature - Volume 09Chapitre 63 sur 194 · XXXI

XXXI

Madame Récamier, en arrivant à Rome, y retrouva le duc de Laval, alors ambassadeur de France. Elle y retrouva la duchesse de Devonshire, autre amie inconsolable, qui venait de perdre le cardinal Consalvi, mort de douleur de la perte de Pie VII.

Ballanche avait accompagné madame Récamier à Rome; il était allé, de là, visiter un moment Naples.

«Vous savez bien, écrivait-il de cette ville, vous savez bien que vous êtes mon étoile et que ma destinée dépend de la vôtre; si vous veniez à entrer dans votre tombeau de marbre blanc, il faudrait bien vite me creuser une fosse où je ne tarderais pas d'entrer à mon tour; que ferais-je sur la terre? Mais je ne crois pas que vous passiez la première; dans tous les cas, il me paraît impossible que je vous survive!»

Voilà le véritable ami de Juliette, l'ami de l'âme; l'autre n'était que l'ami de la beauté; et cependant c'est l'autre qui était aimé, c'est l'autre qui brisait le coeur. Ballanche n'était là que pour en amortir les coups et pour en panser les blessures; mais quelle touchante figure dans le tableau que ce philosophe amoureux sans récompense, et qui se nourrit de sa propre tendresse pourvu qu'on lui permette d'assister à la vie de celle qu'il aime! Heureusement pour lui il devait mourir avant elle et être pleuré par elle! Que ces larmes durent être douces à son esprit transfiguré sur son propre cercueil de la chapelle de l'Abbaye-aux-Bois!

(Nous voulions finir ici ce récit, nous ne le pouvons pas; il y a trop de belles lettres de M. de Chateaubriand dans sa vieillesse; poursuivons. Que nos lecteurs nous pardonnent; nous touchons aux meilleures pages du coeur et du génie de M. de Chateaubriand. Lisez donc encore. La vieillesse réhabilite la vie de ce grand homme, désenchanté de lui-même et de tout.)

LAMARTINE.

LIe ENTRETIEN

LES SALONS LITTÉRAIRES.

SOUVENIRS DE MADAME RÉCAMIER.

CORRESPONDANCE DE CHATEAUBRIAND.

(3e PARTIE.)