‹ Cours familier de Littérature - Volume 09Chapitre 91 sur 194 · XXVIII

XXVIII

On sait que la jeunesse légitimiste de Paris voulut, à cette époque, être passée en revue à Londres par le comte de Chambord. Personnellement c'était un hommage respectable au principe et au malheur; collectivement c'était un mauvais conseil: les minorités en politique ne doivent jamais se faire compter. Le comte de Chambord, mal conseillé, écrivit à M. de Chateaubriand de venir assister, à Londres, aux regrets et aux espérances qu'on lui apportait. Il fallait du bruit autour de cette manifestation en Europe; M. de Chateaubriand traînait le bruit où il portait ses pas. Il était la fidélité bruyante; il y parut, il y parla, et revint sans avoir produit autre chose qu'un effet poétique, des cheveux blancs sur une scène du passé. Le gouvernement du roi Louis-Philippe eut le mauvais goût de _flétrir_ cette visite de la fidélité. Qu'en pense-t-il maintenant. Les _flétrisseurs_ n'ont-ils pas imité honorablement les _flétris_? C'est un des plus vilains actes des ministres de cette monarchie, qui n'avaient ni la grandeur des vertus ni la grandeur des fautes. Je combattis à la Chambre cette mauvaise pensée; il faut ennoblir les nations en leur faisant honorer contre soi-même les simulacres de l'honneur et de la fidélité. Les ministres de la royauté de Juillet ne pensèrent point ainsi, et M. de Chateaubriand fut flétri! Ce fut sa dernière gloire devant son siècle.

«On me dit,» écrit-il de Londres à madame Récamier, «que le _Journal des Débats_, journal des ministres de l'année, se préparait à m'attaquer; j'en suis fâché, mais je ne pourrais qu'écraser M. Armand Bertin avec le cercueil de son père!»

Cette éloquente image rappelait l'amitié du père et la fausse situation du fils.