‹ Cours familier de Littérature - Volume 10Chapitre 101 sur 158 · XXIV

XXIV

Il faut contempler, dans l'admirable histoire _du Consulat et de l'Empire_, par M. Thiers, l'annaliste le plus scrupuleux et le plus complet des temps modernes, il faut contempler le tableau vivant avec les portraits historiques de toutes ces négociations du consulat. C'est le dictionnaire universel en action de la diplomatie de deux siècles; ce sont les archives de la France exhumées et sortant avec leurs mystères et leurs interprétations vraies de ces cartons, catacombes révélatrices de nos affaires étrangères. Sous ce rapport, le grand historien français est à la diplomatie savante ce que Champollion fut aux hiéroglyphes de l'Égypte. En relisant ce chef-d'oeuvre d'exposition historique dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs, nous ne nous reprochons qu'une chose, c'est de ne l'avoir pas assez admiré. Ce livre sera le _Carmen sæculare_ de notre époque.

Nous ne lui reprochons que d'avoir sacrifié, dans M. de Talleyrand, l'homme d'État au grand général, M. de Talleyrand à Bonaparte: mais M. Thiers a le culte du sabre plus que le culte de l'esprit; il immole tout à la bataille gagnée, même la paix, seule liquidation des batailles.